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Ils nous inspirent

L'épopée des compétences

Le monde de l’entreprise recherche à tout prix des « compétences ». Celles-ci se verbalisent naturellement par la certification de diplômes, validant un cursus universitaire ou d’école dans l’optique de faire carrière dans un domaine particulier ou à un poste précis.
Nous constatons depuis quelques temps une nouvelle appellation de compétences, ce sont les « soft skills ». L’alpha et l’oméga du langage actuel des recruteurs et des profils de candidats sur les réseaux sociaux.

Alors que le diplôme devient dans le tertiaire un « label » devenu moins exigeant qu’auparavant, (mais toujours aussi reconnu), les « aptitudes » du futur « salarié » devenu « consultant », « intermédiaire » ou « intervenant », cassent les règles et usages des relations professionnelles.

Les « Soft Skills » regroupent les compétences que l’on appellerait « sociales ». Comme la capacité à prendre la parole en public, à manager une équipe, à engendrer de « l’engagement » sur les réseaux sociaux, à faciliter les contacts, etc. A l’heure des algorithmes, des concordances et liaisons corporatistes, jamais le monde n’a eu autant besoin de valeurs humaines. D’écoute et d’échanges. Mais est-ce vraiment nouveau ? Est-ce que ces beaux écrans réfléchis ne nous enfument pas dans une évidence qui nous priverait de l’essentiel ?

Les compétences ont permis à l’Homme, depuis Sapiens, de se sortir des situations les plus hostiles et périlleuses. Certain savaient fabriquer des outils, d’autres cultiver telle ou telle espèce végétal, quand d’autres chassaient. Puis les royaumes et nations ont eu recours à des hommes « compétents » dans leurs domaines pour préserver la pérennité de leur territoire : activités économiques, scientifiques, et militaires afin d’augmenter leur capacité de domination. Aujourd’hui nous disons « parts de marché ». Pour qu’une entreprise soit compétitive, et regroupe un maximum de compétences, cela implique naturellement trois éléments : la transmission d’un savoir, l’expérience d’une connaissance, et l’esprit d’innovation.

"A l’heure des algorithmes, des concordances et liaisons corporatistes, jamais le monde n’a eu autant besoin de valeurs humaines."

Le savoir n’est pas la connaissance. Apprendre que 2 + 2 = 4, s’apprend. C’est un savoir qui se transmet. Pour transmettre une compétence, il faut un élève et un maître. Et naturellement, il est nécessaire d’avoir une certaine structure et surtout un autre paramètre que le monde de l’entreprise et du digital oublie : le temps. Nous avons malheureusement beaucoup entendu ces derniers temps de la Cathédrale de Paris. Mais cela a pu mettre en valeur et en lumière l’histoire de cet édifice de plus de huit cent ans. La cathédrale fut bâtit par des « compagnons » qui devaient durant des années et des années, côtoyer des instructeurs aguerris afin de « maîtriser » un savoir-faire. « Comprendre » les structures et l’assemblage des pierres selon leurs veinures demande plus de temps qu’une compétence inventée en deux minute sur son profil LinkedIn.
Depuis toujours, la société se réfère à des gens munis de compétences concrètes pour faire en sorte que le monde continue de tourner convenablement.

La connaissance relève du personnel. De l’expérience propre. Des choix de chacun et de son ressenti. Il est impossible de demander le goût d’une tomate sans en croquer une. Malgré tous les mots, tous les langages numériques et d’écrans possibles, connaître est incommunicable. Il faut faire le pas, et si possible chez un maraîcher de qualité dans le Perche.
Exposer des « compétences » personnelles, des facultés qui ne s’apprennent pas dans une université mais qui puisent dans votre « nature », doit découler d’une véritable et légitime expérience propre. Là est la réelle plus value du futur candidat pour l’entreprise. Car sinon, cette valeur ajoutée subjective deviendra banale, superficielle et répétitive. Donc insignifiante. Mais une expérience rare, personnelle, vraie, et pourquoi pas cumulée avec d’autres, est un réel enrichissement pour le groupe dans lequel le candidat va potentiellement évoluer.

Ces différences d’expériences, bien argumentées et écrites enrichissent un projet et donnent envie. Ce sont des attractions indéniables pour attirer des personnes de renommée dans une vision, qui est souvent visible dans les « storytelling ».

« Penser en homme d’action, et agir en homme de pensée », Henri Bergson considère que ce ne sont pas les idées qui font avancer le monde, mais le mouvement. Le « tourbillon » propre de la vie qui se moque de la couleur qu’on lui donne. Quelque soit les dirigeants d’une entreprise, son activité, les « valeurs » et les « promesses » inculquées et affichées, sans innovation, le marché est perdu.
Alors comment innover ?

"Mais essayer, tenter, c’est nécessairement faire des erreurs."

Chose curieuse, l’innovation est l’assemblage de deux concepts opposés : la méthode et l’imagination. En Entreprise, nous les apposons avec deux synonymes « process » et « oisiveté ». Mais dans le domaine de la musique par exemple, c’est tout à fait différent de reproduire sans cesse une musique, que de savoir jouer d’un instrument. Si le premier requiert de l’exercice pur, le deuxième devra « comprendre » qu’il est inutile de rabâcher éternellement pour réellement s’approprier la mélodie profonde.

Le temps, la connaissance.

La technologie est un progrès perpétuel, mais attention qu’il ne devienne pas « un jouet pour adulte », comme disait Camus, qui voyait dans le progrès aucune promesse d’amélioration de l’Homme. Michel Serres, voit dans les nouvelles avancées comme l’imprimerie et internet, les facteurs des conflits à grande échelle. Car l’interprétation et la parole libérées, les oppositions sont d’autant plus flagrantes.

L’innovation avance, mais comment un candidat peut suivre sans se perdre ?

Cela demande du recul sur soi, de se connaître. D’essayer des choses et de se découvrir, c’est à dire de s’ouvrir au monde. Mais essayer, tenter, c’est nécessairement faire des erreurs. Pour Eric Fiat, philosophe, « l’erreur, c’est exactement ce qui fait de nous des hommes, le renard sera toujours renard, il n’y a que l’homme qui peut oser, chercher et trouver sa propre liberté. Le renard est condamnée à être celui que ses ancêtres ont toujours été ».


Finalement, la compétence, qu’elle soit technique, intellectuelle ou sociale, doit avoir comme finalité, la capacité d’améliorer ce qui entoure le quotidien et l’avenir du candidat et l’entreprise. Si les mots seront en adéquation avec la philosophie souhaitée, alors le monde de l’entreprise, celui des profits et des objectifs, nous pourrons nous « comprendre ». La faculté première d’une compétence.
« Définissez les termes, vous dis-je, ou jamais nous ne nous entendrons ». La définition du mot « comprendre » pour Voltaire.

 

 

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Guerrick Fouchet
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Guerrick Fouchet

Co-fondateur de Biblioophilia